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Histoire du protestantisme – Le XIXe siècle – Ep. 2

Entre réveil spirituel et tensions théologiques

La période de 1825 à 1850 représente un tournant majeur dans l’histoire du protestantisme, tant en France qu’à l’échelle mondiale. Ces vingt-cinq années sont marquées par une intensification des débats théologiques, l’essor des missions étrangères et l’émergence de nouveaux mouvements spirituels qui transformeront durablement le paysage protestant.

La division théologique s’intensifie

En France, le protestantisme connaît une période de forte tension entre deux courants théologiques qui s’affirment : le courant libéral et le courant orthodoxe (ou évangélique). Cette division, qui couvait depuis le début du siècle, éclate au grand jour durant cette période.

Les pasteurs libéraux, influencés par les Lumières et la philosophie allemande, prônent une lecture critique de la Bible et une foi fondée sur la raison. Ils s’interrogent sur les miracles et cherchent à adapter le message chrétien aux découvertes scientifiques de leur temps.

À l’opposé, le courant orthodoxe défend l’autorité absolue des Écritures, l’importance de la conversion personnelle et la nécessité d’une piété vivante. Ce courant s’inscrit dans la continuité du Réveil protestant qui avait commencé au début du siècle.

Le Réveil continue : Adolphe Monod et Alexandre Vinet

Adolphe Monod, prédicateur du Réveil


Adolphe Monod (1802-1856) émerge comme l’une des figures les plus marquantes du protestantisme français de cette époque. Pasteur à Lyon puis à Montauban, il incarne le courant du Réveil avec une prédication passionnée centrée sur la conversion et la sanctification personnelle.

Son ministère à Lyon, entre 1827 et 1832, déclenche un véritable réveil spirituel. Ses sermons attirent des foules considérables et suscitent de nombreuses conversions. Toutefois, son insistance sur l’expérience religieuse personnelle et sa critique du rationalisme théologique lui valent l’opposition des autorités ecclésiastiques et de certains collègues libéraux.

Alexandre Vinet, penseur de la liberté religieuse


Alexandre Vinet (1797-1847), théologien et critique littéraire suisse, exerce une influence considérable sur le protestantisme francophone. Professeur à l’Académie de Lausanne, il développe une pensée originale sur les rapports entre l’Église et l’État.

Il défend ardemment la séparation de l’Église et de l’État, concept alors révolutionnaire dans l’Europe protestante. Il considère que la liberté religieuse absolue est essentielle à l’authenticité de la foi. Ses écrits influenceront profondément le protestantisme français et contribueront aux débats sur la laïcité.

L’expansion missionnaire mondiale

Les grandes sociétés missionnaires en pleine activité

La période 1825-1850 voit l’âge d’or des missions protestantes. Les sociétés missionnaires, créées au début du siècle, intensifient leurs activités sur tous les continents.

La Société des missions évangéliques de Paris, fondée en 1822, envoie ses premiers missionnaires en Afrique australe, notamment au Lesotho avec Eugène Casalis et Thomas Arbousset en 1833. Ces missions établissent non seulement des églises, mais aussi des écoles, des dispensaires et des ateliers, contribuant au développement des sociétés locales.

L’Afrique et l’Asie : nouveaux terrains d’évangélisation

En Afrique du Sud, les missionnaires protestants jouent un rôle complexe. Certains, comme Robert Moffat et son gendre David Livingstone, s’opposent à l’esclavage et défendent les droits des populations indigènes, tout en participant malgré eux à la colonisation culturelle.

En Asie, les missionnaires se heurtent à des résistances considérables. En Chine, malgré l’interdiction officielle du christianisme, les protestants parviennent à établir des missions clandestines. À Madagascar, les missionnaires britanniques connaissent un succès remarquable avant que la reine Ranavalona Ire ne déclenche une persécution sanglante contre les chrétiens en 1835.

La reine Ranavalona Ire

Le protestantisme britannique : puissance et diversité

L’ère victorienne et le renouveau évangélique

L’avènement de la reine Victoria en 1837 marque le début d’une ère où le protestantisme évangélique devient une force dominante dans la société britannique. Les valeurs protestantes imprègnent la moralité publique, l’éducation et la philanthropie.

Le Mouvement d’Oxford, apparu en 1833, cherche à renouveler l’anglicanisme en revenant aux traditions de l’Église primitive. Bien que ce mouvement conduise certains de ses membres vers le catholicisme, il stimule également une réflexion profonde sur l’identité protestante anglicane.

Les non-conformistes gagnent du terrain

Les Églises non-conformistes (méthodistes, baptistes, congrégationalistes) connaissent une croissance impressionnante, particulièrement dans les régions industrielles. Elles attirent massivement les classes ouvrières par leur style de culte plus spontané et leur engagement social.

Le protestantisme américain : dynamisme et nouvelles frontières

L’expansion vers l’Ouest

L’expansion territoriale des États-Unis vers l’Ouest s’accompagne d’une intense activité missionnaire protestante. Les pasteurs et les évangélistes suivent les pionniers, établissant des églises dans les nouvelles colonies. Les camp meetings restent populaires, offrant aux populations dispersées des occasions de rassemblement religieux et social.

Nouveaux mouvements religieux dérivés du protestantisme

Cette période voit l’émergence de nouveaux mouvements religieux américains. Le mormonisme, fondé par Joseph Smith en 1830, se développe rapidement malgré les persécutions. Les adventistes, sous l’influence de William Miller, annoncent le retour imminent du Christ, créant un mouvement millénariste important.

Le protestantisme et l’abolitionnisme

Les Églises protestantes américaines se divisent profondément sur la question de l’esclavage. Dans le Nord, de nombreux protestants évangéliques deviennent les fers de lance du mouvement abolitionniste. Dans le Sud, d’autres défendent l’esclavage en invoquant des arguments bibliques, conduisant à des scissions majeures au sein des grandes dénominations.

Le protestantisme allemand : théologie et piétisme

La théologie libérale allemande

L’Allemagne reste le centre intellectuel du protestantisme mondial. Des théologiens comme Friedrich Schleiermacher (mort en 1834) et David Friedrich Strauss révolutionnent l’approche des textes bibliques par leurs méthodes historico-critiques.

David Friedrich Strauss publie en 1835 sa « Vie de Jésus », où il analyse les Évangiles comme des récits mythiques plutôt que des comptes rendus historiques. Cette œuvre provoque un scandale retentissant mais influence durablement la théologie protestante.

Le piétisme et le réveil

En parallèle au rationalisme théologique, le piétisme continue de prospérer en Allemagne. Des communautés religieuses intensifient leur vie spirituelle à travers la prière, l’étude biblique et l’engagement charitable. Ces mouvements inspirent les réveils protestants dans d’autres pays.

Les défis sociaux et l’engagement protestant

L’industrialisation et la question sociale

La révolution industrielle transforme radicalement les sociétés européenne et américaine. Les protestants répondent de diverses manières à ces bouleversements. Certains, comme les méthodistes britanniques, créent des écoles du dimanche, des dispensaires et des sociétés de tempérance pour venir en aide aux classes laborieuses.

L’éducation protestante

Les protestants accordent une importance capitale à l’éducation. Des écoles protestantes sont fondées à travers l’Europe et l’Amérique. Aux États-Unis, de nombreux collèges et universités sont créés par des dénominations protestantes, contribuant à l’expansion de l’enseignement supérieur.

Une période de transformation

La période 1825-1850 représente un moment charnière pour le protestantisme. Les tensions théologiques, loin d’affaiblir le mouvement, stimulent sa vitalité intellectuelle et spirituelle. L’expansion missionnaire mondiale élargit considérablement l’influence protestante au-delà de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Ces décennies voient également l’émergence de questions qui continueront d’animer le protestantisme : comment concilier foi et raison, tradition et modernité, autonomie des Églises et responsabilité sociale ? Les protestants de cette époque n’apportent pas de réponses définitives, mais ils posent les fondements des débats qui structureront le protestantisme jusqu’à nos jours.

L’engagement des protestants dans les grandes questions sociales de leur temps – esclavage, éducation, condition ouvrière – témoigne d’une foi qui cherche à transformer le monde et pas seulement à le fuir. C’est cet équilibre entre piété personnelle et engagement social, entre fidélité aux Écritures et ouverture aux questions contemporaines, qui caractérise le protestantisme de cette époque foisonnante.