Le 26 mars dernier à l’EpMB, nous avons eu le privilège d’entendre le professeur Frédéric Rognon théologien protestant, philosophe et anthropologue des religions à la faculté de Strasbourg. Ainsi que Laura Morosini directrice Europe du mouvement catholique Laudato Si’, cofondatrice et secrétaire général du label Eglise verte en France. Une conférence sur le thème de « Ecologie et Christianisme ». En perspective, les sources chrétiennes de l’écologie et les actions et gestes qui peuvent en découler.
Frédéric Rognon a tout d’abord rappelé les sources protestantes de l’écologie en évoquant :
- Une « ecclesia reformata semper reformanda« . Expression latine sur la nécessité de se remettre en question qui fut popularisée par le théologien Karl Barth en 1947. Expression qui dériverait d’une citation d’Augustin d’Hippone basée sur les cinq principes : Sola Gratia, Sola fide, Sola Christus, Sola Scriptura et Soli Deo Gloria.
- Le scoutisme qui est une magnifique pédagogie de la responsabilité, de la solidarité et de l’entraide ainsi qu’une sensibilisation à la beauté de la nature et du vivant.
- Et les Ecritures qui mettent en exergue deux exigences : la responsabilité de l’homme et la nécessaire humilité.
Frédéric Rognon a évoqué la polémique qui a surgi en mars 1967. Lorsque le médiéviste américain Lynn White publia dans la revue américaine « Science » son célèbre article sur les « Racines historiques de notre crise écologique », ce fut le coup de tonnerre sous la coupole de la basilique Saint-Pierre. Car le médiéviste y accusait le christianisme d’être « la religion la plus anthropocentrique que le monde ait connue » et de porter une lourde responsabilité dans les dommages infligés à la planète. La charge se concluait par ces derniers mots : « je propose saint François d’Assise (1181-1226) comme patron des écologistes », ce qui fut fait en 1979. L’histoire devait corriger cette affirmation provocatrice puisque le nouveau Pape prit le nom de François en référence à François d’Assise qui au XIIIème siècle a posé les bases d’une théologie verte en conflit avec la doctrine officielle de l’Eglise.
Frédéric Rognon a évoqué ensuite les sources bibliques de l’écologie qui ont l’avantage d’être partagées par toutes les traditions chrétiennes, et il en a fait brièvement l’analyse :
- Genèse 1, 28 « Remplissez la terre et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre. » La notion de soumission et de domination est précédée par l’affirmation que l’humain est à l’image de Dieu et ne saurait s’exercer par la violence ni la contrainte mais de la façon dont Dieu domine, dans la diversité de chaque espèce et de la singularité de chaque sujet. Du reste l’humain est à cette époque encore végétarien et n’est pas un sujet de crainte pour les animaux. Il s’agit pour l’homme de prendre soin tel le berger vis à vis de son troupeau.
- Genèse 2, 15 « Le Seigneur prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder. » Il s’agit pour l’homme de garder le jardin comme il a mission de garder les commandements de Dieu. En hébreu « cultiver le jardin » veut aussi dire « rendre un culte ». L’humain n’a pas pour vocation d’exploiter la terre, mais de la servir. Quant au mot « garder » cela signifie que l’humain est dans un monde qui ne lui appartient pas et dont il a la responsabilité pour les générations futures.
- Job 38, 41 « Où étais-tu quand je fondais la terre ? Je suis peu de chose, que te répliquerais-je ? » La réponse de Job est l’humilité devant la création et le refus de toute hubris, de tout orgueil.
- Matthieu 10,29 « Ne vend-on pas deux moineaux pour un as ? Cependant il n’en tombe pas un seul à terre indépendamment de votre Père. » Une invitation solennelle à la confiance et au réalisme car « à chaque jour suffit sa peine » (Mt. 6-34).
Frédéric Rognon poursuivit son propos en évoquant les grandes figures protestantes qui ont théorisé sur l’écologie : Charles Gide, artisan de l’économie sociale élargissant le respect de la nature du corps humain à la société et à la planète tout entière. (1 Cor.12). Albert Schweitzer et son éthique du respect de la vie qui s’étend à toute forme de vie. Jacques Ellul et sa critique de la raison technicienne1. Frédéric Rognon conclut avec cette belle métaphore de la journée de l’arbre en Corée où une fois par an chaque citoyen est invité à planter un arbre, symbole par excellence de la vie.
Laura Morosini souligne notre devoir commun
Pour sa part, Laura Morosini, qui fait siens les textes cités par Frédéric Rognon, rappelle que « Dessiner des kilomètres de pistes cyclables ne mène à aucun changement radical si les gens continuent de penser : j’adore la bagnole ». La directrice Europe du mouvement catholique Laudato Si’ souligne notre devoir commun, à tous les chrétiens, qui consiste à recréer une relation spirituelle avec la Création. Thème qui nous a été proposé par la lettre encyclique du pape François intitulée Laudato Si’. Premier grand texte du magistère catholique sur le sujet de l’écologie, six mois avant la conférence sur le climat de Paris (COP21)2.
Laudato Si’ n’est pas réservé aux catholiques mais « aux personnes de bonne volonté ». Le texte est court, précis et incarné. Laudato Si’ constate et explique une crise écologique indissociable de la crise sociale (« clameur de la Terre et clameur des pauvres » §49). Le pape y montre qu’il écoute la science, rend hommage au « mouvement écologique mondial », cite un sage soufi, un patriarche orthodoxe et affirme qu’il faut « accepter une certaine décroissance ».
On notera particulièrement cinq thèmes de Laudato Si’, dont la récente pandémie a souligné la pertinence : une réflexion sur la vitesse, sur la technologie, sur l’économie, l’importance de la fraternité et de la dignité de chaque créature. Un chapitre dénonce « L’anthropocentrisme moderne », avec une insistance sur l’idée que « tout est lié »
Au-delà des différents mouvements qui se sont créés dans le monde à la suite de ce texte (Mouvement climatique catholique mondial GCCM) ont été créés les mouvements suivants : Chrétiens unis pour la terre, fondé en 2012 – Eglises vertes à dimension œcuménique en 2017.
Laura Morosini insiste sur la caractère trans confessionnel de cette prise de conscience de l’exigence écologique faisant de ce combat un lieu œcuménique par excellence. On ne peut que regretter la trop faible participation à cette soirée portant sur un sujet pourtant crucial pour nos communautés et pour l’avenir du monde.
Bruno Deledalle