La vérité historique de la Bible et la violence de certains textes de l’Ancien Testament suscitent des questions récurrentes chez les protestants comme chez l’ensemble des communautés chrétiennes. Olivier Putz leur répond.
Durant des siècles, la Bible a donné une certaine vérité et les chrétiens se sont appuyés sur les livres sacrés stricto sensu. Pendant des siècles, on a considéré que la Genèse correspondait au commencement de la vie. Depuis, entres autres, Darwin, l’archéologie et la découverte des fossiles au 19ème siècle, sont passés par là. L’historiographie et l’exégèse protestante, notamment allemande, a réinterrogé les textes en utilisant la raison. Dès le 17ème siècle, dans son Traité théologico-politique, Spinoza initiait la lecture historico-critique de la Bible. En “réfutant les préjugés des théologiens, ces hommes d’Église qui exigent la seule croyance, une foi dogmatique, incompatible avec une liberté de penser dont la raison examinerait les dogmes ”, peut-on lire sur le site lelivrescolaire.fr
Mais il faut attendre le 18ème siècle et surtout le 19ème siècle pour découvrir que la Bible n’est pas incréée, c’est-à-dire qui existe sans avoir été créée, qu’elle est sujette à des interprétations, voire à des contradictions. Les contradictions au sein même des textes bibliques sont en effet nombreuses. En Nombres 20,12 nous apprenons que Moïse n’entrera pas en Terre promise ; alors qu’en Nombres 32, le même Moïse distribue des terres à Ruben, comme si de rien n’était. En effet, on note une tension due à la « théorie des sources ». Le livre des Nombres dispose d’une source sacerdotale alors que le livre du Deutéronome a une source deutéronomique. On peut évoquer aussi la confusion, lorsque les Hébreux sortent d’Égypte, entre « mer des Roseaux, mer des Joncs », selon le texte hébraïque et la « mer Rouge », selon la première traduction de la Bible en grec. Ce n’est qu’au 18ème siècle que l’on se rendit compte de la confusion. Pour sa part, James Woody, pasteur de l’église protestante unie d’Auteuil, rappelle que dans 1 Samuel 8, le discours est très monarchiste au départ, puis antimonarchiste à la fin. Et dans le Nouveau Testament, les quatre évangiles sont tous différents et pourtant ils exposent une même foi en Jésus-Christ. Autrement dit, il y a de la pluralité dans les textes bibliques. Une diversité que nous retrouvons, du reste, dans le protestantisme.
Ces exemples signifient que la Bible, écrite par les humains, repose sur le témoignage de Dieu transmis par les hommes et toutes leurs différences. « Si, pour les croyants, la Bible est l’instrument de la parole de Dieu, elle n’en demeure pas moins un livre humain. Humain, parce qu’il n’est pas tombé tout écrit du ciel. Ses différents livres ont été rédigés par des hommes très divers qui ont réuni des documents, ont enquêté, travaillé avec des collaborateurs. Des textes qui ont parfois subi des remaniements. La Bible résulte d’un long processus historique sans interventions surnaturelles. Des idées, des opinions et des émotions très humaines s’y expriment, dont des cris de haine. On y trouve les croyances, les connaissances de cultures anciennes », expliquait le théologien André Gounelle1.
Une humanité qui nous mène à la violence
D’un point de vue historique, il est avéré que les personnages bibliques ont été confrontés aux envahisseurs, A savoir, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, puis l’empire gréco-romain. Corolaire de mort, de souffrance et d’exode face à ces événements de la vie. Et Dieu dans tout cela ? Dans l’Ancien Testament, de nombreux textes évoquant la violence, expliquent comment Dieu a pu aider les Hébreux en temps de guerre (Juges, Josué, Samuel 15, Psaume 58 …)2. Ces textes ont pu justifier chez certains des actes de violence, à commencer par les pèlerins du Mayflower partis pour l’Amérique, alors qu’ils étaient chassés par le roi Jacques 1er. Ils se pensent comme le peuple élu. Comme dans l’Exode, Dieu leur ouvre la mer, ils arrivent en Canaan, c’est-à-dire en Amérique. Les Indiens deviennent donc les nouveaux Cananéens. Les pèlerins se sentent justifiés dans leur massacre des populations autochtones.
Pourquoi avoir gardé ces textes ? Dès les premiers temps du christianisme, certains se sont posé la question. Au 1er siècle après JC, Marcion de Sinope (vers 85-160) expliquait que l’on ne pouvait garder ces textes de violence dans l’Ancien Testament car Jésus-Christ est amour. Marcion de Sinope n’a pas obtenu gain de cause et fut condamné comme hérétique.
Selon Thomas Römer, la violence transmise par ces textes peut faire résonance avec la violence d’une situation de vie, bel et bien vécue3. Mettre en scène cette violence peut avoir un effet cathartique, comme une forme de purification de la violence. La mise en parole peut servir de véritable purification. N’oublions pas que le Canon était flottant jusqu’à tardivement, et pour l’Ancien et pour le Nouveau Testament. En enlevant ces textes de violence de l’Ancien Testament, on se couperait de nos racines. Ces textes rappellent que nous portons tous une part de violence et la complexité de la vie qui va avec.
Olivier Putz et Marie Piat