Ce sont les questions existentielles lors de sa jeune vie de collégien qui ont mis Mathieu Contamin, 26 ans, sur le chemin de la paroisse de l’Annonciation.
Certes le terreau était semé de protestantisme à Cortambert avec des grands-parents déjà très engagés dans la paroisse, mais c’est en lisant la Bible que des réponses sont venues, laissant la place à de nouvelles questions, il était temps de revenir à « sa paroisse familiale » pour comprendre. En poussant la porte du temple, l’engagement est apparu comme une évidence.
Comment se sont passés tes premières rencontres avec la Paroisse de l’Annonciation ?
Grande frustration en arrivant, il n’y avait pas beaucoup de jeunes de mon âge avec lesquels partagés mes réflexions, ma foi. Les premières rencontres ont donc été rudes… mais elles ont provoqué une mise en mouvement personnelle puisque j’ai créé les groupes qui correspondaient à mes attentes.
En parallèle, je me suis (ré)engagé au niveau des scouts de Passy tout en créant un groupe de ciné-club pendant 2 ans, qui n’a pas trouvé son public, pour le dire pudiquement.
Ensuite, la création du groupe des lycéens dans le culte famille a ancré le process du lien et de l’accueil des jeunes dans notre paroisse. Il me semble primordial que chacun/chacune comprenne qu’il/elle aura toujours sa place au sein de l’Église.
En 2023, un petit groupe de jeunes a été créé avec la paroisse de Boulogne qui avait comme vocation de disposer d’un endroit propice à la rencontre des jeunes (lycéens, étudiants…). Là encore, le groupe n’a pas été pérenne, beaucoup de jeunes sont venus irrégulièrement, néanmoins certains ont retrouvé le chemin des groupes d’église grâce à cela.
D’où vient ton envie (on pourrait presque parler de besoin) d’engagement ?
Il y a deux déclencheurs à cela, l’un humain, l’autre spirituel.
Pour commencer, j’agis pour créer ce que j’aurais aimé trouver lorsque je suis revenu à l’Annonciation : un groupe de jeunes dynamiques avec une envie de religiosité, de ferveurs spirituelles, quasi missionnaire. J’aurais aimé être embarqué dans un groupe avec une catéchétique établie, avec des rituels qui m’auraient structuré, cela m’aurait aidé à remettre Dieu dans mon quotidien.
L’autre source de l’engagement vient de l’évangile : « On demandera beaucoup, à qui l’on a beaucoup donné et on exigera davantage de celui à qui l’on a beaucoup confié », Luc 12, 48. La lecture de ce verset a été une révélation. Assez tôt, je me suis rendu compte de ce que j’avais d’heureux dans ma vie. Pourquoi Dieu m’avait donné tout cela. Et moi qu’est-ce que faisais pour Lui ? Comment donner à Dieu en retour ? Mes dons reçus de Dieu sont moins longs que la liste des bénédictions reçues de Sa part. Donc le remercie pour ce que je reçois, mais ne peux pas me contenter uniquement de recevoir, j’ai aussi besoin de donner. La grâce n’attend pas de contre don mais c’est une manière de dire merci. Si tu ne le fais pas, tu n’honores pas les cadeaux que Dieu t’a fait.
Ton engagement dans la paroisse aujourd’hui… Ce sont les cultes du dimanche soir ?
Effectivement, je participe activement avec Olivier Putz au lancement des cultes du dimanche soir (Certains dimanches à 18h30 à l’EMPB), ce culte est prévu pour les jeunes (et les moins jeunes). Sans stigmatiser, nous l’avons conçu pour tous ceux qui souhaitent (re)mettre de la spiritualité dans leur vie, sans sacrifier leur grasse matinée du dimanche ou un week-end loin de Paris, on a plutôt pensé que cela correspondrait aux jeunes.
Plusieurs paroisses sœurs de Paris (l’Etoile, Saint-Esprit, Auteuil…) créent ou ont créé des cultes du dimanche soir similaires, ce serait formidable d’avoir un culte « tournant » entre toutes ces paroisses, avec un repas partagé ensuite, cela créerait une belle dynamique.
Au-delà de ce nouveau projet, il me reste le groupe lycéens du dimanche des familles… l’ambition est de trouver un(e) repreneur(e) et de le pérenniser.
Et puis, je suis prédicateur laïque et monte en chair plusieurs fois par an…
Pourquoi les jeunes ne viendraient pas au culte du dimanche matin à l’Annonciation ?
De mon point de vue, il manquerait un élan suffisant, pour entamer un véritable cheminement de foi… Entre l’étude du psautier de Genève et des prédications de 20’, cela peut être rude pour des gens qui sont interrogatifs dans leur foi.
Nous manquons également d’un « processus » spécifique pour accueillir, recevoir, intégrer les jeunes, même si l’envie est là. Les réseaux sociaux ont permis de communiquer différemment, il nous faut poursuivre dans cette voie…
A ton avis, qu’est-ce qui donnerait envie aux jeunes de s’engager (régulièrement) ?
Il faut ressentir le besoin de se sentir utile, c’est moins naturel pour une paroisse que pour le scoutisme. Mais confier des responsabilités à des jeunes, comme pour la régie technique, est une bonne manière se rendre utile.
La régularité est une question de caractères mais une certaine pression du groupe (joie, plaisir, ne pas se défiler, on compte sur toi…) peut aider à être régulier dans son engagement.
Quant à son engagement spirituel, c’est Dieu qui le fait éclore (et non la volonté d’aller au culte…) même s’il n’est pas linéaire ou régulier. Notre grande force est la connaissance de la bible mais cela nécessite de s’y intéresser, de faire un effort… En passant certains paliers de compréhension de la bible, on peut être bousculé, challengé ou structuré pour sa vie quotidienne. Les jeunes ont besoin d’être interpelés, secoués, retournés… Il leur faudrait un peu d’intrigues, d’incision, appuyer là où cela fait mal.
L’accessibilité numérique aux écritures est une bénédiction, certaines applications comme Your Bible ou Meditatio permettent d’avoir un lien quotidien avec sa foi, de progresser dans son cheminement… On peut adapter son portable pour en tirer le meilleur.
Que retires-tu personnellement de ton engagement ?
Mon engagement spirituel, c’est un combat avec le texte, parfois c’est caricatural, transparent comme une liste de prescriptions… Je tente de comprendre en quoi ce texte change ma vie alors qu’au prime abord, il n’y a rien d’évident. Méditer ou préparer une prédication, cela te nourrit d’abord.
Par ailleurs, je culpabilise toujours en descendant de chaire, j’ai le sentiment d’avoir tout massacré, d’avoir manqué l’essentiel du message, et c’est uniquement en revoyant l’enregistrement que je me rassure.
Et puis tu n’es jamais seul lorsque tu fais le cathé ou lors de ta prédication…

On est bien dans notre paroisse, les scouts sont extraordinaires, une magnifique aventure. Donner des heures, c’est une très belle manière de redonner ce que j’ai reçu. Il faut le faire honnêtement : dresser la liste de tout ce qu’on a reçu dans la vie, et pourtant très structurant.
Et puis, arrête de perdre ton temps !
Et toi, qu’as-tu as reçu dans notre paroisse ?
Des amitiés, une construction spirituelle, des habitudes, une maison de famille (dans Paris) qu’on se transmet de génération en génération… Le nouvel élan de ces dernières années est un formidable espoir.
La paroisse est un rare lieu où tu peux faire un engagement dans la durée, ce sont des plans à long terme… L’engagement au côté de Dieu est l’un des plus longs. L’inverse d’une démarche d’entrepreneur qui vise gros tout de suite. On sème…
Une baguette magique, que voudrais-tu vivre à l’Annonciation ?
Si j’avais une baguette magique, je ferais deux vœux.
Le premier, ce serait d’avoir un groupe de jeunes paroissiens très fervents, heureux de clamer la Parole, de la vivre, et que tous les adolescents aient hâte de rejoindre ce groupe dynamique. Nos amis les catholiques sont très forts sur ce genre de groupe de jeunes.
Le second serait de scénariser un peu plus la Parole dans le temple. On y prie assez mal, je trouve. Lorsque le pasteur est en chaire, il n’y a pas de relief différenciant, il n’y a pas de jeu de lumière spécifique lors de la Parole… Nous vivons un biais de normalité peu compatibles avec l’Amour, le Pardon, la Parole reçus de Dieu.
En savoir plus sur les cultes du Dimanche soir : c’est ici
Propos recueillis par Bénédicte Huot